Non, on ne peut pas “faire un deuil” en 5 étapes. Lorsque l’on subit le deuil, on aimerait pouvoir trouver des étapes claires et précises pour se repérer et se dire qu’on “passe à autre chose”. Et du coup, comment ça se passe en vrai, un deuil ? Et comment surmonter la perte ?
Comment “faire” son deuil ?
En réalité, on ne “fait” pas un deuil. Il se vit. Le deuil n’est pas et n’a jamais été une tâche à cocher dans une “to-do”. Il s’agit d’un processus complexe, qui se déroule malgré soi, en arrière-plan.
Vouloir le réduire à cela a des conséquences délétères pour les personnes qui le vivent : minimisation de la souffrance, négligence des besoins, pathologisation des ressentis… Alors, pourquoi parle t-on de “faire” son deuil et de ces étapes? Je vous explique !
La courbe du deuil classique est-elle la bonne ?

La courbe et les étapes que tout le monde connaît, c’est celle ci-dessus. On en entend parler partout, et pourtant… Elle ne convient pas du tout ! C’est une courbe qui avait été conçue pour les personnes en fin de vie, pas du tout lorsque l’on perd un être cher. Mais du coup, c’est quoi le deuil, en vrai ?
La réalité du deuil
En vrai, le deuil est un processus n’ayant pas des étapes très claires et définies. Elles se superposent toutes un peu. On peut cependant distinguer des “phases” particulières :
- Le déni : le cerveau n’a pas encore pu intégrer correctement l’absence. C’est un moyen de protection car sinon, cela serait trop difficile. Le déni, il se traduit par ces moments où l’on pense voir la personne dans la rue, ces quelques secondes où l’on s’attend qu’elle passe le pas de la porte ou qu’on veut l’appeler… Le déni n’est pas nier le décès. C’est ne pas pouvoir entièrement en percevoir les conséquences
- La phase de déstructuration : petit à petit, le déni se lève et nous entrevoyons l’ampleur de l’absence. Cela entraîne une phase où les émotions sont sans dessus-dessous (colère, chagrin, culpabilité etc…), une immense fatigue est présente, le corps est plus fragile… Bref, tout est… déstructuré. Parfois, cette phase du processus peut se confondre avec une dépression.
- La phase de restructuration : en même temps que tout est en pagaille, l’esprit commence doucement à réorganiser tout ce qui s’est fragilisé. On s’interroge sur soi-même, le sens de tout, nos envies et besoins profonds… Pour aller graduellement vers un nouvel équilibre. Avec l’absence et la mémoire du défunt.
Non, aller mieux ce n’est pas l’oubli.
Parler de ces phases permet d’être assez large pour englober tous les vécus de deuil, chacun étant unique.
Combien de temps dure le deuil ?
Le deuil n’a pas de durée uniforme. Chaque deuil étant unique, alors il ne durera pas le même temps d’une personne à l’autre ni même d’un deuil à l’autre.
On entend très souvent qu’il faut 1 an pour faire un deuil : c’est une vision très réductrice du processus. En réalité, la première année est celle des premières fois avec l’absence : on se retrouve confronté chaque jour à la réalité de la vie sans l’autre. Elle est, pour cela, réputée être la plus difficile.
Cependant, ce n’est pas toujours vrai : beaucoup de témoignages laissent à penser que c’est après cette première année que les choses peuvent être plus compliquées émotionnellement. Evidemment, tout dépend du lien que vous aviez avec le ou la défunt.e.
Processus vs travail de deuil ?
On entend souvent parler de travail de deuil… Mais qu’est-ce qu’on veut dire par là ?
- Le processus : le processus dont je parle depuis le début, c’est ce qu’il se passe en arrière-plan, un mécanisme inconscient. Christophe Fauré, psychiatre, le compare avec le système immunitaire qui se met en mouvement dès que l’on se blesse. Le deuil est une blessure, notre système se met en route pour nous aider à cicatriser.
- Le travail : C’est ce que soi, en tant qu’endeuillé.e, on met en place. On peut se dire que le travail, c’est ce que nous faisons pour soutenir la cicatrisation.
Comment prendre soin de soi durant le deuil ?
Du coup, comment faire face au deuil ? Et bien… C’est un temps pour prendre soin de soi. Mais que veut-on dire par cela ?
- Parler : se rapprocher d’associations spécialisées dans l’accompagnement de personnes en deuil, d’un groupe de parole, d’un psychologue, d’un praticien spécialiste du deuil. Cela peut même être de l’écriture.
- Préserver son énergie : prévoir plus de plages de repos, partager un moment ressourçant avec un.e proche ou en solo,
- Se souvenir : parfois, on a besoin de se plonger dans les photos, les souvenirs et les raconter.
- Créer : passer par les arts pour s’exprimer,
- Ritualiser : s’accorder des moments de petits rituels pour rendre hommage à notre disparu.e. De mon coté, j’allume parfois une bougie près de leur photo.
Et tout ce qui en fait, peut apporter du réconfort ou un sentiment d’apaisement, aussi minime soit-il. Nous n’avons pas tous et toutes le même mode d’emploi.
Faire son deuil, c’est donc une idée trompeuse. Le processus de deuil est complexe, unique et intime. Comme nous l’avons vu, il serait compliqué de le réduire à une succession d’étapes bien définies. Cependant, cette situation universelle n’a pas à être un tabou et il y a des façons de prendre soin de soi pour traverser au mieux la peine.
Il est important de s’écouter, de ralentir aussi car le corps ne réagit plus de la même façon : notre système immunitaire s’affaiblit avec le deuil.
Soyez doux avec vous même et laissez vous le temps de vivre vos émotions. Votre deuil n’est pas pathologique après la première année.
Chaque deuil est aussi unique que le lien qui vous unissait à l’être cher.
Si vous vous posez des questions sur le deuil et ne souhaitez pas rester seul.es, alors parlons en ! Les appels découvertes permettent de pouvoir aussi y voir plus clairs pour soi, réservez le vôtre !


